|
Bonsoir ,
Ce weekend auront lieu les championnats de France quadrettes et triplettes. En amont de ces derniers championnats de la saison (d'ici fin août en tout cas), je te partage un conseil si tu fais partie des personnes qui ne souhaitent pas décevoir leur coéquipiers (c'est le cas pour les France, mais en fait, c'est vrai pour n'importe quelle compétition).
C'est possible, et même normal, que tu aies une petite voix dans ta tête qui te dit: "On a fait une belle saison, je n'ai vraiment pas envie de décevoir mes coéquipiers sur ces championnats".
Cette phrase, presque tous les joueurs la pensent à un moment donné.
Sauf que cette pression, elle s'ajoute à celle que tu te mets à toi-même. Celle de vouloir bien jouer, de rester concentré, de faire honneur à ton niveau. Cette pression-là serait déjà suffisante à gérer. Mais en plus quand on joue avec des personnes qu'on apprécie et qu'on respecte, on a cette tendance humaine et naturelle de ne pas vouloir les décevoir… on ne veut pas être celui ou celle "qui a fait perdre l'équipe".
Alors, on est d'accord, cette pression part d'une intention généreuse. Tu veux être à la hauteur. Tu veux donner le meilleur pour le collectif. Le problème, c'est qu'elle ajoute une couche de charge mentale qui ne t'aide pas à jouer. Au contraire, elle peut te tendre et te brider. En fait, elle te pousse à te focaliser sur le résultat, et encore plus, sur la peur de perdre et de louper (et on l'a déjà vu dans un email précédent, ce n'est souvent pas une bonne stratégie).
La première étape:
Ce que tu peux déjà faire, c'est quand tu t'entends penser "il ne faut pas que je la loupe, je ne veux pas les décevoir", ou quelque chose du genre, pose-toi la question suivante:
De 1 à 10, à quel point cette pensée m'aide à bien jouer ?
Pour certains, ça donne un coup de motivation. Si c'est ton cas, tant mieux pour toi et sers toi de cette motivation!
Mais si toi, ça a plutôt tendance à te rajouter une pression qui ne t'aide pas à être performant, alors cette pensée ne te sert pas.
Et si elle ne te sert pas, tu as le droit de la remplacer.
Outil n°1 pour sortir de cette peur: Ton dialogue intérieur
Le psychiatre Aaron Beck a formalisé cette idée dans les années 1970 sous le nom de recadrage cognitif. Le principe est simple : on ne cherche pas à nier la tension. On ne cherche pas à l'éviter non plus. On remplace "simplement" les pensées qui nous empêchent de bien jouer par des pensées qui nous aident.
Par exemple :
"Il ne faut pas que je les déçoive" → "Je me concentre sur chaque boule, une boule à la fois."
ou bien: "Qu'est ce que je peux faire pour réussir cette boule ?"
En faisant ça, tu changes à 180° ton attention, en passant d'une pensée orientée vers la peur (hors de ton contrôle) à une pensée orientée vers le processus (100% en ton contrôle).
Outil n°2: Respire avant de jouer
Un outil simple à utiliser avant chaque boule : la respiration contrôlée. La théorie scientifique recommande d'inspirer pendant 4 secondes, et d'expirer pendant 6 secondes.
Dans la pratique, le plus important est que
-
tu inspires par le nez
-
tu respires par le ventre (c'est-à-dire que ton ventre se gonfle, pas ton torse, et tes épaules ne doivent quasiment pas bouger)
-
et que ton expiration soit plus longue que ton inspiration (et si tu peux étendre un peu ton inspiration par rapport à ta respiration habituelle, c'est encore mieux).
Quand tu fais ça, tu actives ton système nerveux parasympathique et ralentis ton rythme cardiaque (Porges, 2011). La conséquence indirecte: si tu te concentres sur ta respiration, ça peut t'aider à revenir à l'instant présent (au lieu de penser au futur ou au passé).
Outil n°3: Ne sois pas passif face à cette peur !
Tu serais surpris du nombre de boulistes qui m'ont dit qu'il ne voulait pas décevoir leurs coéquipiers au moins à un moment donné dans une compétition (souvent les compétitions "importantes").
Imagine la scène suivante.
Tu es avec ton équipe, la veille de la compétition. Tu leur dis : "On a passé une belle saison. On s'est qualifiés pour les France quadrettes. J'ai vraiment envie de bien faire ce weekend pour finir en beauté. Et du coup, j'ai la pression de vous décevoir."
Que va-t-il se passer ?
Il y a de très grandes chances qu'un de tes coéquipiers te réponde quelque chose du genre : "Ne t'en fais pas. Le plus important, c'est qu'on fasse de notre mieux. Qu'on passe un bon moment ensemble. On a le potentiel pour faire de belles choses, mais ce qui arrivera, arrivera."
Entendre ces mots va te libérer d'un poids. Un poids que tu portais seul jusque là.
Maintenant, imagine l'inverse. Un coéquipier te confie qu'il ressent la même chose. Qu'il a peur de décevoir le groupe. Tu n'as pas envie de tout donner pour lui, à ce moment-là ?
C'est là une des forces d'un vrai esprit d'équipe: Quand on ose être soi-même, et qu'on se met au service de l'équipe.
D'ailleurs, le plus souvent, tout le monde pense la même chose mais personne ne dit rien. C'est une sorte de tabou, de non-dit collectif. Parce qu'on a peur d'être vu comme fragile. On confond (à tort) vulnérabilité et faiblesse.
La chercheuse Brené Brown a étudié ce sujet pendant plus de vingt ans. Ses travaux montrent que la vulnérabilité (le fait d'oser se montrer tel qu'on est, y compris avec ses doutes) est l'indicateur le plus fiable du courage. Dire à voix haute "j'ai peur de vous décevoir" demande plus de courage que de se taire. Et d'ailleurs, ça libère souvent toute l'équipe d'un même poids, avant même que le championnat ne commence.
Peu importe ton rôle dans l'équipe. Que tu sois un des leaders, le remplaçant de luxe, ou le dernier arrivé. Tu n'as pas besoin de porter le poids du collectif sur tes épaules.
Ton seul engagement personnel et collectif doit être: donner le meilleur de toi-même et profiter de la chance de pouvoir jouer. Une boule à la fois. Une mène à la fois. Et une partie à la fois (avec le plus de parties tout au long du weekend 😄).
|