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Bonsoir ,
Tu as sûrement déjà vécu au moins une fois la situation suivante :
Tu vas jouer ta boule. Tu prends ta boule en main. Et là, ton cerveau s'allume.
Si tu tires, tu te dis : « Pars doucement. Garde le bras droit. Relève le buste. Pousse sur la jambe. Passe bien la jambe gauche. Accompagne. Mets de la trajectoire. »
Si tu pointes : « Ne mets pas de coup de main. Lance-la bien droite. Garde ton buste droit. Sois fluide. Lance bien dans la donnée. Lance en cloche. Accompagne bien. »
Sept consignes en trois secondes...
C'est beaucoup d'informations pour le cerveau…
Alors qu'est-ce qui se passe la majorité du temps ? Ton geste est saccadé. Tu as bien suivi une ou deux de tes consignes. Mais ça ne suffit pas. Les instructions sont devenues contre-productives.
Et c'est dommage, parce que ce geste tu l'as probablement déjà fait dix mille fois. Donc tu n'as pas besoin de donner d'indications particulières pour bien le faire.
Justement, plus tu essaies de bien faire en contrôlant chaque détail de ton geste, moins ton geste sera fluide et automatique.
Ce phénomène a un nom. L'effet mille-pattes.
L'histoire vient d'un vieux poème.
Alors qu'un mille-pattes vivait tranquillement, un crapaud va le voir et lui demande dans quel ordre il bouge ses pattes quand il marche ?
Le mille-pattes commence à y réfléchir. Et plus il y réfléchissait, moins il arrivait à marcher.
Ton geste, que ce soit au tir ou au point, tu l'as répété des milliers de fois. Il vit dans ton corps. Tu as automatiquement utilisé ce qu'on appelle la mémoire musculaire, qui fait que ton corps (tes muscles et ton inconscient) savent exactement comment jouer ta boule. Ça veut dire que tu peux jouer une boule en pensant à ta liste de course sans aucun problème (ça t'es peut-être déjà arrivé d'ailleurs 😅).
Mais quand la pression monte (phases finales, boules chaudes, regard des coéquipiers, public en nombre, etc) ton cerveau veut reprendre le contrôle. Il veut vérifier chaque détail et chaque "étape" de ton geste. En fait, c'est comme s'il cherche à piloter un geste qui fonctionnait très bien tout seul.
Le chercheur Baumeister a étudié ce mécanisme en 1984. Il a remarqué que sous pression, les sportifs ont tendance à basculer en auto-surveillance. C'est-à-dire qu'ils observent leur propre mouvement pendant qu'ils le font. Sauf que, comme on l'a vu, cette vigilance casse complètement l'automatisme. Le geste devient mécanique, saccadé, et ce manque de fluidité joue énormément sur la performance. Et c'est d'autant plus vrai pour un sport comme le nôtre, qui est un sport hyper technique.
Plus tard, d'autres chercheurs (Wulf et Prinz, en 2001) ont montré que quand un sportif dirige son attention sur son propre mouvement (position prêt à jouer, vitesse de course, position du bras, angle du poignet, etc.) sa performance baisse. C'est ce qu'on appelle le focus interne.
À l'inverse, quand il dirige son attention sur l'effet qu'il veut produire (l'endroit où la boule doit arriver, la trajectoire qu'il veut voir) sa performance augmente. C'est le focus externe.
Repense à tes meilleures parties, les fois où tu étais dans la zone. Tu verras que tu ne pensais pas à ton geste. Ou en tout cas, ton esprit n'était pas 100% concentré dessus.
Maintenant repense aux parties où tu as surpenser à ton geste. Si tu es honnête, est ce que tu as pu enchaîner les boules réussies ? Il y a des chances que non. Déjà sur une boule c'est peu probable, alors sur plusieurs la probabilité est très basse.
Quoi faire si tu as tendance à trop penser à ton geste avant de jouer ?
La solution idéale est de "ne plus réfléchir." 😄 Si tu es capable de "débrancher" ton cerveau et tes pensées, fais-le.
Mais si tu es comme moi, ce n'est pas forcément naturel 😅
Dans ce cas, on va simplement déplacer l'attention. Il faut donner à ton cerveau un nouveau point d'attention, quelque chose sur lequel se concentrer, autre que ces instructions sans fin sur le geste.
La première option: Un dialogue intérieur programmé.
Tu choisis une instruction technique, que tu résumes en un mot. Deux maximum.
« Pousse. » « Accompagne. » « Ouvre (la main). » « Lève (le bras). » « Buste (droit) ».
Tu donnes une instruction simple et facile à suivre pour ton corps. C'est déjà beaucoup plus efficace que la somme d'instructions que tu donnais par moment.
La deuxième option: Visualise.
Avant de lancer ta boule, vois dans ton esprit ce que tu veux réussir.
Si c'est au point, vois-la tomber dans ta donnée, rouler, et s'arrêter exactement là où tu veux.
Au tir, vois ta course d'élan, la trajectoire de ta boule, et la cible tapée.
Dans les deux cas, regarde la scène comme un spectateur, depuis l'extérieur.
Je te passe les détails ici, mais les images de la visualisation parlent directement aux parties de ton cerveau qui gèrent le mouvement.
Si tu peux, je te recommande donc la visualisation. Mais le plus important, c'est surtout que tu sois à l'aise. Donc choisis la méthode que tu préfères. |