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Bonsoir ,
On estime qu’un être humain produit entre 50 000 et 70 000 pensées par jour. La grande majorité passe inaperçue. Mais regarde un bouliste qui vient de rater un tir important. Il secoue la tête, souffle, baisse les épaules.
Ce que tu ne vois pas, c’est la conversation qui se déroule à l’intérieur. “T’es nul.” “Encore raté.” “C’est toujours pareil.”
Ces pensées-là sont peu nombreuses dans la masse. Mais leur pouvoir de nuisance est malheureusement énorme.
Et si tu es honnête avec toi-même, tu reconnais probablement cette voix intérieure.
Cet email est le quatrième de la série spéciale rentrée. Et aujourd’hui on va parler de cette voix qu’on appelle le dialogue intérieur.
Comment tes pensées sabotent ton corps
La boucle fonctionne comme ça :
→ Une pensée négative surgit (par exemple: “je sens que je vais la rater celle-là.”)
→ Elle déclenche une émotion : peur, doute, frustration.
→ Ton corps réagit : les muscles se crispent, les gestes perdent leur fluidité. Certains boulistes ont alors tendance à trop penser ou bien se précipiter. La boule sort mal.
→ La pensée se confirme. Et le cycle recommence, souvent plus fort.
Ce cercle vicieux démarre quasiment toujours de la même façon: dans votre dialogue intérieur.
Le piège : essayer de ne plus y penser
Face à une pensée négative, ce qui se passe entre souvent dans une des deux catégories suivantes:
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Laisser cette pensée dominer votre mental. et entrer dans la boucle vicieuse vue ci-dessus.
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Vouloir la chasser, en pensant: “Arrête de penser à ça.” “Ne pense pas à l’échec.” “Sois positif.” C'est une réaction naturelle quand on n'a pas les outils de préparation mental pour faire autrement.
Le problème ? Ni l'une, ni l'autre ne fonctionne.
Le psychologue Daniel Wegner a démontré un phénomène qu’il appelle “l’effet rebond.” Quand on essaie de supprimer une pensée, elle revient plus forte. Essaie de ne PAS penser à la Tour Eiffel. Tu verras le résultat.
Quand tu te dis “ne pense pas négativement”, ton cerveau entend “pense négativement.” Sans le vouloir, tu alimentes la pensée que tu voulais éliminer.
En concours, c’est pareil. Plus tu luttes contre “je vais rater ce tir”, plus cette pensée s’impose.
Ça m’est arrivé plusieurs fois en demi-finales et finales de championnats de France. Je ne savais pas comment gérer ça. Je luttais contre mes pensées. Et plus je luttais, plus elles prenaient de la place. Autant dire que ce ne sont pas de bons souvenirs 😅.
Remplacer au lieu de supprimer
La solution est contre-intuitive. Au lieu de combattre la pensée, on l’observe. On la reconnaît. Et on la remplace par une phrase qui nous sert.
Je travaille avec des boulistes en coaching individuel. L’un d’eux avait un schéma récurrent : dès qu’il enchaînait plusieurs frappes, sa voix intérieure lui disait “Et si tu rates la prochaine ?” ou “Tu vas la rater, celle-là.”
Et souvent, c’est exactement ce qui arrivait.
On a travaillé ensemble sur cette problématique. On a identifié ses phrases récurrentes. Et on a créé des phrases de remplacement. Des phrases courtes, précises, faciles à se répéter dans l’action.
Deux types de phrases qui te servent
La recherche en psychologie du sport distingue deux catégories.
Les phrases instructionnelles te rappellent un élément technique. “Relâche les épaules.” “Regarde ta donnée.” “Expire avant de jouer.” Elles sont particulièrement efficaces dans les sports de précision comme le sport-boules.
Les phrases motivationnelles activent ton énergie. “Tu l’as déjà fait mille fois.” “Vas-y, donne tout.” “Fais-toi plaisir.” Elles fonctionnent très bien dans les épreuves d'endurance et d'intensité, comme le progressif et tir en relais.
Un détail intéressant : les chercheurs recommandent d’utiliser le “tu” plutôt que le “je” quand on se motive. Comme si tu parlais à un coéquipier de confiance. “Tu peux le faire” a plus d’impact que “Je peux le faire.”
Et il y a une troisième option très efficace : la question orientée vers la solution. Au lieu de te dire “je ne vais pas rater”, demande-toi “comment est-ce que je peux réussir cette boule ?” La question oblige ton cerveau à chercher une réponse utile au lieu de ruminer !
Ton exercice de la semaine
Prends 5 minutes, ton téléphone ou un papier et un stylo.
Écris trois pensées destructrices qui reviennent souvent dans ta tête avant ou pendant tes parties.
En face de chacune, écris une phrase de remplacement. Instructionnelle, motivationnelle, ou une question orientée vers la solution. À toi de choisir.
Quelques exemples pour t’inspirer :
→ “Je ne me sens pas de la tirer” peut devenir “Accompagne, lève le bras.”
→ “Je vais rater, la pression est trop forte” peut devenir “Tu l’as déjà fait des centaines de fois à l’entraînement.”
→ “Si je rate celle-là, on perd” peut devenir “Comment est-ce que je peux la réussir ?”
Puis teste-les à l'entraînement cette semaine. C'est important de commencer par l'entraînement, et pas directement en compétition. Commencer directement en compétition est rarement recommandé :)
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